Quelques réflexions personnelles sur notre semaine sur la Vilaine… et autres considérations

Publié le par YCPF

La navigation à la voile est une merveilleuse activité de loisir, mais c’est aussi un excellent moyen de tester la compatibilité d’humeur et de vie avec ses coéquipiers.

Le voilier est un milieu fermé, malgré le fait qu’il soit ouvert à tous vents et à toute pétole. On ne peut pas sortir de la cohabitation intime, aller faire un tour pour se dégourdir les jambes, sortir le chien ou quitter la pièce en claquant la porte si la discussion tourne mal. Et confronté à un contexte extérieur qu’on ne maîtrise pas complètement la discussion a de fortes chances de tourner mal.

J’ai vécu une situation il y a plusieurs années lors d’une semaine en Corse avec des amis ou nous en étions presque venus aux mains pour un plat de pâtes trop salé. Et je n’ai jamais revu ce groupe d’amis, définitivement fâché. (A ce propos et pour éviter de telles mésaventures, il est possible de faire cuire des pâtes dans l’eau de mer, mais en mettant seulement la moitié d’eau de mer et une moitié d’eau douce).

A contrario mon fils a fait sa demande en mariage à la suite d’une tempête entre la Corse et le continent, ce qui montre que le séjour sur un voilier est juste un révélateur du vrai caractère et de la compatibilité de vie des équipiers, pourvu qu’ils soient suffisamment longtemps enfermés ensembles et que les conditions extérieures leur envoient suffisamment de questions à résoudre.

Alors on ne peut s’étonner que notre semaine sur la Vilaine se soit aussi bien passée.
La navigation en eaux intérieures évite déjà les problèmes liés à la houle et mettent à l’abri du mal de mer. Ensuite on n’est jamais loin d’un rivage, et même parfois pas suffisamment loin lorsqu’on oublie que le voilier a un tirant d’eau d’un mètre environ. Enfin et surtout il y a les escales dans les ports qui permettent de sortir de sa cellule et de décompresser si besoin, de faire des excursions sur les chemins de rando et même d’assister à une séance de théâtre de plein air…

Le parcours était loin d’une traversée Atlantique : il s’agissait de rejoindre Arzal à Redon et retour.
En voiture, Arzal est à moins d’une demi-heure de Redon. Nous avions prévu de faire le parcours en six journées de navigation sans compter les trajets aller retour de Avon à Arzal qui se révélèrent être une partie intégrante de l’aventure.

La flotte était constituée de quatre bateaux : Un Tabasco mené par un couple dans une ambiance apparemment « home sweet home ». Cuisine et dîner tranquille à bord, lecture d’un vrai livre (en papier !). Bateau toujours en tête de la flotte du à la qualité du bateau et à la maîtrise de son capitaine qui perdit néanmoins une seule fois son sang-froid et ralluma son moteur devant les caprices des vents tournants au départ de Redon. Il faut avouer que ce parcours encaissé entre les arbres et les rochers donnait du fil à retordre aux navigateurs ; les girouettes étant systématiquement en contradiction avec les voiles.

Le deuxième bateau, un Edel2, était composé d’un équipage improbable suite à des désistements qui avaient rassemblé les deux équipiers les plus opposés qu’on puisse imaginer. L’un, haut dignitaire dans les instances du club était l’organisateur de la virée, avait tout programmé avec soin, communiqué toutes les informations, et fait toutes les réservations dans les ports. Un véritable « tour-opérateur » soucieux du moindre détail afin de garantir la sécurité et le bien-être du groupe. Il en fut surnommé « Jésus » par son équipier qui lui, pourrait avoir comme devise : « rien n’est interdit sauf ce qui est obligatoire ». Toujours prêt à s’amuser, profiter de tous les bons moments de la vie, adepte de l’apéro avec les copains et principal fournisseur des photos de groupe sur le WhatsApp. C’était le boute en train du groupe.

Le troisième bateau était aussi un Edel2 qui n’avait jamais navigué comme dit la chansonnette, du moins depuis son achat il y a un an et qui avait rencontré depuis de multiples problèmes de moteur, de remorque, de pièces de gréement et autres. Il s’agissait d’une sortie test avec à son bord votre serviteur et son épouse. L’équipage resta entier jusqu’à Redon, l’équipière ayant un rendez vous important en région parisienne ; elle quitta le groupe et rentra en train.

Mais le bateau réussit néanmoins son test de navigation avec succès et permit à plusieurs marins de s’essayer à la navigation en solitaire à tour de rôle. Certain essayant même de gagner du temps en essayant de couper à travers champ.

Le dernier bateau était celui d’un futur adhérent au club qui venait d’acquérir un Edel5 et qui naviguait avec un ami rompu à la navigation sur ce genre d’embarcation. Les deux équipiers s’engageaient dans des discussions ou chacun essayait de persuader l’autre alors qu’en fait ils disaient la même chose. Ceci leur value le surnom des « deux dupondt » Un exemple ? l’un disait : on reconnaît que la lune est croissante ou décroissante car la lune est une menteuse et en croissant elle écrit un D alors qu’en décroissant elle écrit un C. Je dirais même plus disait l’autre : « dans son premier quartier elle dessine un p et dans son dernier quartier un d ». Et elle n’est pas menteuse.

Cette semaine restera pour nous tous, je pense, un moment inoubliable et personnellement j’attends avec impatience une réédition de la formule sur un autre site à découvrir en mer et/ou en rivière.

La recette est maintenant connue : du beau temps, du bon matériel, de la bonne humeur, de la tolérance et de l’humour.

Une question reste cependant en suspend, qui a fait l’objet de nombreuses controverses d’apéros : étions nous dans le cadre d’une sortie club qui aurait été oubliée dans le calendrier des activités 2026 de l’YCPF ou avions nous organisé une sortie qui par un hasard improbable aurait réuni 7 adhérents du même club sur huit ?

Thierry Lansier

 

Résumé du séjour (par un des participants)

Trajet Fontainebleau-Arzal Par les nationales et départementales : 9h de route pauses comprises, arrivée sous des trombes d’eau.

- Départ : mise à l’eau Arzal côté eau douce.
Découverte de la modernité des ports du Morbihan reliés entre eux informatiquement. Si t’es pas connecté, tu peux pas aller pisser !!!
- Étape La Roche-Bernard : site magnifique port et centre ville très chouette.
- Étape Foleux : port sympa à l’embouchure de l’Etier, port de stockage pas développé pour le tourisme mais qui va prendre de l’ampleur.
- ⁠Étape Pont de Cran : 9 ouvertures par jour en 2025. 1 ouverture 1/4 h par jour en 2026. Si ton moteur ne démarre pas à l’aller (Thierry/Vero) ou au retour (Gilles/Philippe) tu peux encore affaler le mat et passer en dessous… ou attendre le lendemain. Malgré l’accueil surprenant on a trouvé un Bon resto le soir pour fêter un anniversaire.
Détail logistique sanitaire irritant : à Pont de Cran charge bien ton tel avec la maudite appli si tu veux faire + que pipi🤭😤

- ⁠Étape Rieux Redon : Le paysage change. Fin d’une vue encaissé dans les gorges, place aux champs avec un bon vent arrière pour aller, travers pour revenir.
Petit tour visite de Redon en travaux. La ville est un carrefour de canaux et d’écluses. Qui appellent à d’autres voyages.
Afin d'éviter les Anglais et les Hollandais qui détournaient ou coulaient les bateaux Français, Louis XIV a lancé des ouvrages colossaux pour traverser la Bretagne par l’intérieur en bateau. Avant l’essor des transports routiers on pouvait accéder à Nantes, Brest, Rennes, Dinan et enfin St Malo grâce aux chemins de halage des bords de l’Oust, le canal de Nantes à Brest, les rives de l’Ile puis la Rance.

Le soir de notre étape Redonnaise on s’est fait une joyeuse veillée en jouant aux quizz Breton.
- Étape retour Redon La Roche-Bernard : Vent de travers, on avale le trajet aller en 8h de nav et plantages dans la vase sans soucis.
Soirée agrémentée d’un théâtre corsaire en plein air avec le passage en scène de Jésus.
- Étape Arzal : Mise à terre à la cale et aux portiques. Le soir on dort à bord sur les remorques.
- ⁠Retour par les nationales sans problème avec visite touristique de Pithiviers.

Avec un départ à l’aller millimétré orageux de Fontainebleau une pluie battante juste à notre arrivée, une nav d’1 semaine dans le Morbihan et l’Ile-et-Vilaine, visite du littoral à la plage de La mine d’or à Pénestin sous un soleil radieux, nous avons eu un retour d’Arzal synchronisé avec une nouvelle averse une fois les bateaux repliés sur leur remorque.
Après cet état de fait, peut légitimement se demander si en Bretagne, il ne pleut pas…  que sur les c…😉

Jean Raveau

Les photos de la sortie sont disponibles dans l'Album "La Vilaine - Aout 2026"

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